Histoire du manège militaire Général-Jean-Victor-Allard de Trois-Rivières
Une forteresse de brique au cœur de Trois-Rivières
Le manège militaire Général-Jean-Victor-Allard, longtemps appelé simplement manège militaire de Trois-Rivières, a été construit en 1905-1906 au 574, rue Saint-François-Xavier. Maison mère du 12e Régiment blindé du Canada, il est reconnu édifice fédéral du patrimoine depuis 1991 et porte le nom du général Jean-Victor Allard depuis novembre 2000.
Plus d'un siècle après sa construction, le bâtiment reste bien vivant. Il abrite le 12e RBC (Milice), le Musée militaire de Trois-Rivières et, chaque mercredi soir, les cadets du Corps de cadets 2671 et de l'Escadron 772 Vanier.
Un manège né des réformes de la milice
Au début du XXe siècle, le Canada réforme et agrandit sa milice volontaire. Sous l'impulsion de Frederick Borden, ministre de la Milice et de la Défense de 1896 à 1911, qui fait réviser la Loi sur la milice en 1904, le gouvernement fédéral lance un vaste programme de construction de manèges militaires : une centaine sont bâtis au pays, sous la direction du ministère des Travaux publics et du ministère de la Milice et de la Défense.
À Trois-Rivières, le régiment de l'époque, le 86th Three Rivers Regiment, réclame un lieu d'exercice. En 1904, les Ursulines vendent le terrain, à l'angle des rues Saint-François-Xavier et Sainte-Geneviève. L'appel d'offres est lancé au début de 1905 et le contrat est confié à l'entrepreneur Joseph Bourque, de Hull. Les travaux commencent en 1905 et le manège est terminé à l'automne 1906.
Les plans sont préparés par le Bureau de l'architecte en chef du ministère des Travaux publics, sous la responsabilité de l'architecte Thomas W. Fuller, qui a dirigé la conception et la construction de toutes les salles d'exercice produites par ce bureau de 1902 à la fin de la Première Guerre mondiale. Le manège de Trois-Rivières est un manège de « classe B », construit selon ses plans types.
Une architecture de forteresse
Comme bien des manèges de son époque, celui de Trois-Rivières évoque un château fort. Parcs Canada le décrit ainsi : « Il rappelle une forteresse médiévale, notamment par la solide construction en brique, les détails en pierre taillée et la façade monumentale avec ses tourelles crénelées et ses grandes portes. »
- une façade de brique rouge, rehaussée de pierre calcaire pour le soubassement, les appuis de fenêtres, les bandeaux et les créneaux;
- quatre tours crénelées : deux tours rondes aux extrémités de la façade et deux tours polygonales qui encadrent l'entrée;
- de grandes portes de bois sous un arc de pierre, surmontées d'une large fenêtre cintrée, et un écusson de pierre à l'entrée;
- un détail de boulets de canon empilés sur le contrefort d'angle du pignon;
- une vaste salle d'exercice sans colonnes, sous un toit à pignon soutenu par des fermes d'acier.
Parcs Canada souligne aussi la place du bâtiment dans son quartier : situé sur un coin de rue bien en vue, il s'harmonise avec le caractère résidentiel du secteur et constitue un repère familier pour la communauté.
Un lieu de mémoire
Depuis plus d'un siècle, le manège est la maison mère du régiment de Trois-Rivières, aujourd'hui le 12e Régiment blindé du Canada. Jusqu'à la fin des années 1930, faute de grande salle en ville, c'est aussi au manège que se tiennent les assemblées publiques.
Le 13 novembre 1955, l'association des vétérans du 12th Canadian Armoured Regiment inaugure devant le manège un monument à la mémoire des membres du régiment morts pendant la Seconde Guerre mondiale : un char Sherman baptisé « Cathy », installé l'année précédente, accompagné d'une plaque portant leurs noms.
Le Manège Général-Jean-Victor-Allard
Le manège a occupé une grande place dans la vie du général Jean-Victor Allard. C'est notamment là qu'il a commencé sa carrière dans la milice, au sein du Three Rivers Regiment, en 1933. Devenu le premier Canadien français chef d'état-major de la Défense, puis colonel du 12e RBC de 1969 à 1979, il revenait au manège chaque mardi soir, après sa retraite, pour jouer aux cartes avec d'anciens compagnons d'armes.
À l'occasion du jour du Souvenir, en novembre 2000, le 12e RBC (Milice) dévoile une plaque qui désigne désormais le bâtiment sous le nom de Manège Général-Jean-Victor-Allard, en présence des filles du général. « Ce n'est pas juste symbolique de nommer le manège en son nom, ça lui était dû », déclarait alors le commandant du régiment, le lieutenant-colonel Jean-Marc Hamelin.
Un édifice fédéral du patrimoine
Le 18 avril 1991, le manège est reconnu édifice fédéral du patrimoine pour sa valeur historique, architecturale et environnementale. Selon Parcs Canada, il est étroitement associé à la campagne de construction de manèges militaires et à la réforme de la milice volontaire d'avant la Première Guerre mondiale, et il témoigne de l'importance de Trois-Rivières comme centre d'activité militaire. Il figure aussi au Répertoire du patrimoine culturel du Québec. En 2015, le gouvernement fédéral annonce un investissement de 750 000 $ pour en remplacer la toiture et effectuer d'autres réparations.
Le Musée militaire de Trois-Rivières
Le manège abrite aussi le Musée militaire de Trois-Rivières, le musée du 12e RBC. Son exposition permanente, répartie autour de la salle d'exercice, sur la mezzanine et dans le salon Amiens, présente uniformes, équipements, armes, médailles et vitrines d'honneur du régiment, et des expositions saisonnières s'y ajoutent. Consultez le site du musée pour connaître ses heures d'ouverture.
Au cœur du centre-ville
Le manège se dresse au centre-ville de Trois-Rivières, dans le quartier Sainte-Cécile, un secteur résidentiel voisin de plusieurs grandes institutions. Le Séminaire Saint-Joseph, l'église Sainte-Cécile, le palais de justice, le Musée POP et la cathédrale de l'Assomption se trouvent à quelques minutes de marche, tout comme le Vieux-Trois-Rivières et sa rue des Ursulines.
Dates clés
- 1904 – Révision de la Loi sur la milice; les Ursulines vendent le terrain du futur manège.
- Début 1905 – Appel d'offres; le contrat est confié à l'entrepreneur Joseph Bourque.
- Automne 1906 – Fin de la construction du manège.
- 1933 – Jean-Victor Allard devient officier du Three Rivers Regiment.
- 1er septembre 1939 – Mobilisation du régiment de Trois-Rivières.
- 13 novembre 1955 – Inauguration du monument au char Sherman « Cathy ».
- 2 mai 1968 – Le régiment devient le 12e Régiment blindé du Canada.
- 18 avril 1991 – Reconnaissance comme édifice fédéral du patrimoine.
- Novembre 2000 – Dévoilement de la plaque « Manège Général-Jean-Victor-Allard ».
- 2015 – Investissement fédéral de 750 000 $ pour la toiture et d'autres réparations.
- 2021 – 150e anniversaire du 12e RBC.
Sources
Cette page a été rédigée à partir des sources suivantes :
Répertoire canadien des lieux patrimoniaux : Manège militaire, Trois-Rivières
Répertoire du patrimoine culturel du Québec : Manège militaire de Trois-Rivières
Anciens Combattants Canada, Manège Général-Jean-Victor-Allard
Anciens Combattants Canada, monument du Three Rivers Regiment
Gouvernement du Canada, annonce d'investissements en infrastructure à Trois-Rivières (juillet 2015)
Patrimoine trifluvien, no 19, « Chronologie essentielle du patrimoine bâti » (2009, PDF)
Patrimoine trifluvien, no 2 (1992, PDF)
Images
Photo du manège en 2013 : Par Fralambert — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Carte postale « Trois-Rivières — Manège militaire — Drill Hall », 9 mai 1907 : auteur inconnu, domaine public, via Wikimedia Commons
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