Le droit de cité, une tradition militaire vivante à Trois-Rivières
Tambours battants, drapeaux flottants
Le droit de cité est l'un des plus grands honneurs qu'une ville puisse accorder à une unité militaire : le privilège de défiler dans ses rues « tambours battants, drapeaux flottants et baïonnettes au canon ». En 1978, la Ville de Trois-Rivières l'a conféré au 12e Régiment blindé du Canada, le régiment né ici en 1871.
Pour le Corps de cadets 2671, créé au sein de ce régiment en 1961 et qui lui est toujours affilié, ce droit n'est pas qu'une page d'histoire. Il témoigne du lien de confiance qui unit Trois-Rivières à ceux qui la servent, un lien que nos cadets apprennent à leur tour à entretenir.
Qu'est-ce que le droit de cité?
Le droit de cité est accordé par résolution du conseil municipal à une unité militaire qui a gagné la confiance de la population. Il permet à l'unité d'entrer dans la ville et d'y défiler librement, « tambours battants, drapeaux flottants et baïonnettes au canon ». La Défense nationale le décrit comme « l'un des plus grands honneurs que puisse recevoir une unité des FAC ou un corps de cadets ».
Aujourd'hui, ce privilège est purement honorifique : il ne confère aucun pouvoir particulier. Il exprime plutôt une entente respectueuse entre une ville et une unité militaire, qui l'exerce lors des grandes occasions, comme un anniversaire ou une commémoration.
L'expression vient de l'Antiquité : la cité était la communauté des citoyens qui s'administraient eux-mêmes, et avoir droit de cité, c'était en faire partie. Le droit de cité militaire se distingue de la citoyenneté d'honneur qu'une ville peut remettre à une personne, même si les deux honneurs descendent des privilèges des citoyens libres des villes médiévales; à Londres, ces « freemen » sont mentionnés dès 1237.
Des villes fortifiées aux défilés d'aujourd'hui
La tradition puise ses racines dans une méfiance très ancienne envers les troupes en armes. Dans la Rome antique, une limite sacrée, le pomerium, entourait la ville : un général devait renoncer à son commandement avant de la franchir, sauf lors d'un triomphe. Au Moyen Âge, les villes fortifiées d'Europe fermaient leurs portes aux soldats en armes, même à ceux des armées amies, afin de protéger la sécurité et les droits de leurs habitants.
En Angleterre, la méfiance envers les armées permanentes est restée tenace : on s'opposait à ce que de grands groupes de soldats à l'allure guerrière troublent la tranquillité des rues. Selon l'historien E. C. Russell, c'est après la restauration de Charles II, en 1660, que s'est instaurée la coutume de conférer le droit de cité. Seules les unités qui avaient gagné la confiance de la population recevaient cet honneur.
Au Canada, des unités de l'Armée, de la Marine et de l'Aviation ont reçu le droit de cité, tout comme des corps et des escadrons de cadets. Russell cite par exemple le Royal Regiment of Canada, à Toronto, en 1962, et le Princess Patricia's Canadian Light Infantry, à qui la ville belge d'Ypres l'a accordé en 1964.
La cérémonie : aux portes de la ville
La cérémonie rejoue l'arrivée d'une troupe aux portes d'une ville fortifiée. Dans le déroulement que décrit E. C. Russell, l'unité se présente aux limites de la ville, où le chef de police se place au milieu de la route pour l'arrêter et lui demander l'objet de sa venue. Le commandant est ensuite escorté jusqu'au maire, qui convoque le conseil municipal en séance officielle. Le conseil adopte alors la résolution qui accorde le droit de cité, remise à l'unité sur un parchemin.
Les Organisations de cadets du Canada prévoient leur propre version de cette cérémonie pour les corps et les escadrons de cadets :
- un représentant de la ville barre la route et interpelle l'unité : « Qui va là? »;
- le commandant nomme son unité et demande la permission de défiler librement dans les rues de la ville;
- à l'hôtel de ville, un cadet frappe trois fois à la porte, de la main, du pommeau de sa canne d'exercice, avec le mesure-pas ou avec la masse de tambour-major;
- le maire lit la proclamation inscrite sur le parchemin, et le commandant accepte l'honneur au nom des membres passés, actuels et futurs de l'unité;
- le drapeau, jusque-là gainé, est déployé : le droit de cité devient officiel;
- trois « hip hip hourra » saluent la ville, puis l'unité défile devant le maire, qui reçoit le salut.
1978 : Trois-Rivières et son régiment
Trois-Rivières et le 12e Régiment blindé du Canada partagent une longue histoire. Le régiment est né ici le 24 mars 1871, avec l'autorisation du Three Rivers Provisional Battalion of Infantry. Il a porté le nom de la ville de la Sicile aux Pays-Bas pendant la Seconde Guerre mondiale, et sa composante de réserve, le 12e RBC (Milice), occupe toujours le manège militaire Général-Jean-Victor-Allard, au centre-ville.
En 1978, la Ville de Trois-Rivières confère au régiment le droit de cité. Ce lien se voit jusque sur l'uniforme : selon l'Association du 12e RBC, c'est le seul régiment qui porte encore, sur les cols de son uniforme, les armoiries de sa ville d'origine. On y reconnaît un chevron d'argent tiré des armoiries de Pierre Boucher, gouverneur de Trois-Rivières au XVIIe siècle, et trois poissons qui évoquent les trois rivières.
Le régiment exerce encore ce privilège lors des grandes occasions. Pour son 153e anniversaire, Le Nouvelliste annonçait ainsi un défilé du droit de cité le 11 mai 2024 : près d'une centaine de militaires du 12e RBC (Milice), avec musique militaire et véhicules de combat, au départ du parc Champlain.
Pourquoi c'est important pour nous
Le Corps de cadets 2671 est né au sein du régiment. En avril 1961, le commandant du Régiment de Trois-Rivières, le lieutenant-colonel Roland Gauthier, annonçait officiellement la formation d'un corps de cadets, autorisé le 21 mars sous le numéro 2671 : le régiment voulait ainsi « préparer la relève ». Soixante-cinq ans plus tard, le corps y est toujours affilié, et nos cadets se rassemblent chaque semaine dans son manège.
Le droit de cité du régiment fait donc aussi partie de notre héritage. Il rappelle que la place d'une unité dans sa ville ne se décrète pas : elle se gagne, par des années de présence, de service et de respect envers la population. C'est ce même esprit que le programme des cadets cultive chez les jeunes de 12 à 18 ans, à travers le civisme, le leadership et l'engagement dans la communauté.
La tradition n'appartient pas qu'à l'Armée : des unités de l'Aviation royale canadienne et des escadrons de cadets l'ont aussi reçue de leur ville. L'Escadron 772 Vanier, qui partage le même manège, s'inscrit dans le même esprit. Chaque fois que nos cadets participent à la vie de Trois-Rivières, ils entretiennent à leur tour ce lien de confiance entre la ville et ceux qui portent l'uniforme.
Dates clés
- 1660 – Restauration de Charles II : en Angleterre, la coutume de conférer le droit de cité s'instaure.
- 24 mars 1871 – Autorisation à Trois-Rivières du Three Rivers Provisional Battalion of Infantry, ancêtre du 12e RBC.
- 21 mars 1961 – Autorisation du Corps de cadets 2671, formé au sein du Régiment de Trois-Rivières.
- 1962 – Toronto accorde le droit de cité au Royal Regiment of Canada.
- 1964 – La ville belge d'Ypres accorde le droit de cité au Princess Patricia's Canadian Light Infantry.
- 1978 – La Ville de Trois-Rivières confère le droit de cité au 12e Régiment blindé du Canada.
- 11 mai 2024 – Défilé du droit de cité annoncé pour le 153e anniversaire du régiment.
Sources
Cette page a été rédigée à partir des sources suivantes :
Défense nationale, OAIC 12-03, annexe A, « Cérémonie de reconnaissance civique »
Défense nationale, 120e anniversaire de l'octroi du droit de cité à Ottawa, 27 août 2014
Association du 12e Régiment blindé du Canada, histoire et traditions
« Défilé militaire le 11 mai à Trois-Rivières », Le Nouvelliste, 10 mai 2024
« Formation d'un corps de cadets au régiment de Trois-Rivières », La Presse, 20 avril 1961
À découvrir aussi
Le Corps de cadets 2671
L'Escadron 772 Vanier
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Georges Vanier
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