Le général Jean-Victor Allard (1913-1996) : biographie
Du Three Rivers Regiment à la tête des Forces canadiennes
Le général Jean-Victor Allard (1913-1996) a été le premier Canadien français à occuper le poste de chef d'état-major de la Défense, de 1966 à 1969. Officier de milice formé à Trois-Rivières, décoré à trois reprises de l'Ordre du service distingué pendant la Seconde Guerre mondiale, il a ouvert la voie aux unités de langue française dans les Forces canadiennes.
Le manège militaire de Trois-Rivières, où il a commencé sa carrière et où s'entraînent aujourd'hui le Corps de cadets 2671 et l'Escadron 772 Vanier, porte son nom depuis novembre 2000 : le Manège Général-Jean-Victor-Allard.
Jeunesse et débuts dans la milice (1913-1939)
Jean-Victor Allard naît le 12 juin 1913 à Sainte-Monique, près de Nicolet. En 1933, il reçoit sa commission d'officier dans la Milice active non permanente, au sein du Three Rivers Regiment, l'ancêtre du 12e Régiment blindé du Canada. C'est notamment au manège de la rue Saint-François-Xavier qu'il fait ses débuts de soldat.
En 1939, il est capitaine au régiment. La même année, il épouse Simone Piché et s'engage dans l'armée active, amorçant une carrière qui durera trente ans.
La Seconde Guerre mondiale (1939-1945)
Au début de la guerre, Jean-Victor Allard sert avec le bataillon de chars de son régiment, puis occupe des fonctions d'état-major au Canada; il passe notamment par le Collège d'état-major de l'Armée canadienne, à Kingston, en 1942.
À la tête du Royal 22e Régiment
En 1943, il part outre-mer. Après un bref passage au Régiment de la Chaudière, il devient commandant en second du Royal 22e Régiment, dont il prend le commandement en Italie à la fin de 1943. Le 30 décembre 1943, près de la rivière Arielli, il effectue une reconnaissance sous le feu et, bien que légèrement blessé, dirige l'attaque de son bataillon. Il reçoit l'Ordre du service distingué (DSO) en 1944.
Le 19 septembre 1944, sur la ligne Gothique, le Royal 22e Régiment s'empare sous ses ordres de San Fortunato et fait de nombreux prisonniers. Cette action lui vaut une première barrette à son DSO, en 1945.
Commandant de brigade
En mars 1945, il prend le commandement de la 6e Brigade d'infanterie canadienne, dans le Nord-Ouest de l'Europe. Sa brigade combat aux Pays-Bas, notamment à Groningue, puis en Allemagne, jusqu'à la fin de la guerre. Il termine le conflit avec le grade de brigadier et reçoit une deuxième barrette à son DSO en novembre 1945.
Selon l'histoire officielle publiée par la Défense nationale, il est l'un des deux seuls officiers issus de la milice non permanente à avoir commandé une brigade pendant la guerre, et l'un des deux seuls brigadiers canadiens-français en 1945.
Diplomate et commandant (1945-1966)
Après la guerre, il est attaché militaire à Moscou, de 1945 à 1948. Il est fait commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique (CBE) en 1946, et reçoit aussi des distinctions des Pays-Bas, de la France et des États-Unis.
En 1953, il commande la 25e Brigade d'infanterie canadienne en Corée et représente le Canada lors de la signature de l'armistice à Panmunjom, le 27 juillet 1953. De 1961 à 1963, il commande la 4e Division de l'Armée britannique du Rhin, en Allemagne, une expérience rare pour un officier canadien. En 1965, promu lieutenant-général, il devient le premier commandant de la Force mobile, à Saint-Hubert.
Chef d'état-major de la Défense (1966-1969)
Le 15 juillet 1966, Jean-Victor Allard est promu général et nommé chef d'état-major de la Défense : c'est la première fois qu'un Canadien français accède au plus haut poste militaire du pays. Sa mission : réaliser l'unification de l'Armée, de la Marine et de l'Aviation. Il y met une condition : qu'on lui permette de créer un comité chargé d'étudier la place des francophones dans les forces armées, afin de leur assurer des chances d'avancement égales à tous les échelons.
La Loi sur la réorganisation des Forces canadiennes entre en vigueur le 1er février 1968 : les trois armées forment désormais une seule force, les Forces canadiennes. La même année, le gouvernement approuve la création d'unités de langue française. Le 6 mai 1968, la composante régulière du 12e Régiment blindé du Canada est créée à Valcartier pour doter les Forces d'une unité blindée francophone. L'Ordre national du Québec rappelle aussi d'autres réalisations issues de son action : la désignation de Bagotville comme base aérienne francophone, un destroyer de Halifax désigné unité navale francophone et un centre d'instruction en français au Collège militaire de Saint-Jean.
Le 28 juin 1968, il est fait compagnon de l'Ordre du Canada, « en témoignage de sa brillante carrière militaire ». Il quitte ses fonctions de chef d'état-major de la Défense le 14 septembre 1969.
Après l'uniforme
À sa retraite, le général Allard reste attaché à son régiment. Il est colonel du 12e Régiment blindé du Canada de 1969 à 1979, puis colonel du Royal 22e Régiment de 1985 à 1988. Chaque mardi soir, il se rend au manège de Trois-Rivières pour jouer aux cartes avec d'anciens compagnons d'armes.
En 1985, il publie ses Mémoires du général Jean V. Allard, écrits avec l'historien Serge Bernier (Éditions de Mortagne), parus en anglais en 1988 sous le titre The Memoirs of General Jean V. Allard. En 1992, il est nommé grand officier de l'Ordre national du Québec. Cinq universités canadiennes lui ont aussi décerné un doctorat honorifique.
Jean-Victor Allard meurt à Trois-Rivières le 23 avril 1996. Outre le manège militaire, une rue de Trois-Rivières, l'édifice Général-Jean-Victor-Allard de la garnison Saint-Jean et l'Escadron 817 « Général-J.-V.-Allard » des cadets de l'Air, à Nicolet, portent son nom.
Décorations et distinctions
- Compagnon de l'Ordre du Canada (CC), 1968
- Grand officier de l'Ordre national du Québec (GOQ), 1992
- Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique (CBE), 1946
- Ordre du service distingué (DSO), 1944, avec deux barrettes, 1945
- Décoration d'efficacité (ED) et Décoration des Forces canadiennes (CD)
- Lion de bronze (Pays-Bas)
- Légion d'honneur et Croix de guerre (France)
- Legion of Merit (États-Unis), pour son commandement en Corée
Ses lettres honorifiques, telles qu'elles figurent sur la plaque du manège : CC, CBE, GOQ, DSO, ED, CD.
Dates clés
- 12 juin 1913 – Naissance à Sainte-Monique, près de Nicolet.
- 1933 – Officier dans la Milice active non permanente, au Three Rivers Regiment.
- 1939 – Capitaine; mariage avec Simone Piché; engagement dans l'armée active.
- Fin 1943 – Commandant du Royal 22e Régiment, en Italie.
- 1944 – Ordre du service distingué (DSO).
- 19 septembre 1944 – Prise de San Fortunato, sur la ligne Gothique.
- Mars 1945 – Commandant de la 6e Brigade d'infanterie canadienne.
- 1945 – Deux barrettes à son DSO.
- 1945-1948 – Attaché militaire à Moscou.
- 27 juillet 1953 – Représente le Canada à la signature de l'armistice de Corée.
- 1961-1963 – Commandant de la 4e Division britannique, en Allemagne.
- 1965 – Premier commandant de la Force mobile.
- 15 juillet 1966 – Chef d'état-major de la Défense.
- 1er février 1968 – Entrée en vigueur de l'unification des Forces canadiennes.
- 6 mai 1968 – Création de la composante régulière du 12e RBC à Valcartier.
- 28 juin 1968 – Compagnon de l'Ordre du Canada.
- 14 septembre 1969 – Fin de son mandat de chef d'état-major de la Défense.
- 1969-1979 – Colonel du 12e Régiment blindé du Canada.
- 1985 – Publication de ses mémoires.
- 1985-1988 – Colonel du Royal 22e Régiment.
- 1992 – Grand officier de l'Ordre national du Québec.
- 23 avril 1996 – Décès à Trois-Rivières.
- Novembre 2000 – Le manège de Trois-Rivières devient le Manège Général-Jean-Victor-Allard.
Sources
Cette page a été rédigée à partir des sources suivantes :
L'Encyclopédie canadienne, « Allard, Jean Victor »
Ordre national du Québec, Jean-Victor Allard, grand officier (1992)
Gouverneur général du Canada, Ordre du Canada : Jean Victor Allard
Défense nationale, anciens chefs d'état-major de la Défense
The London Gazette, attribution du DSO (supplément 36477, 1944)
Royal 22e Régiment, colonels du régiment
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